25 juillet 2024

TSHOPO KWETU

L'autre face de la Tshopo

De l’armée à l’éméritat professoral, l’histoire d’un héros, Kalala N’Kudi Pierre

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De l’armée à l’éméritat professoral, l’histoire d’un héros, Kalala N’Kalala N’Kudi est un nom moins populaire dans le chef de la jeunesse d’aujourd’hui. Néanmoins, à celle d’avant-hier, Kalala N’Kudi est un nom héroïque, encré dans l’histoire de la grande orientale et de l’Université de Kisangani.

Âgé de 89 ans en 2021, j’ai été à sa rencontre. Sa rhétorique, sa mémoire capable de se rappeller les années 50 ou 60, malgré son âge, son enchaînement logique d’idée prouvent suffisamment qu’il est un aigle. L’entendre parler, des échanges de plus de deux heures, est un exercice d’esprit impressionnant qui n’est pas réservé au commun des mortels.

Arrivée du jeune Kalala à Kisangani !

je n’avais jamais eu l’idée de travailler, dans ma vie, à Kisangani.”m’a-t-il dit. Tout commence en 1971, lorsque le Président Mobutu décide d’enrôler par force tous les étudiants dans l’armée nationale. Étudiant à l’Ovanium, actuelle Université de Kinshasa, il intègre l’armée alors qu’il est finaliste en psychologie. Après pression de la communauté internationale, Mobutu revient sur sa décision et libère tous les étudiants, mais à condition qu’ils restent militaire pendant 2 ans. C’est ainsi que, pour les étudiants en psychologie, une affectation à Kisangani a été décidée après un test scientifique. Doué, Kalala rafle une distinction, ce qui lui a valu le rôle d’Assistant à l’Université de Kisangani. “j’ai commencé à donner cours en uniforme militaire.” C’est le début d’une brillante carrière d’enseignant.

 

Édition Spéciale Kalala N’kudi décédé le 10 novembre 2022 à Kinshasa

Écouter journal-école du 14 nov 2022.mp3 par Tshopokwetu 2 sur #SoundCloud

 

Parcours à l’Université de Kisangani.

De 1971 jusqu’à 2021, 50 ans, dans enseignement universitaire. Il a raison de me dire qu’il a passé toute sa vie à enseigner les gens. Et avant d’intégrer l’enseignement universitaire, il a aussi été enseignant, puis directeur, d’une école primaire.

Autour des années 72-73, Kalala N’kudi nourrit déjà l’ambition de soutenir une thèse, afin d’être Professeur. Seul à Kisangani, lorsqu’il cherchait une domestique, tout le monde lui a interdit d’en prendre une de la tribu Mbole. D’ici débute le questionnement qui va aboutir à sa thèse doctorale. ” Pourquoi sont-ils plus voleurs que les autres ? Quel en est le motif, la cause ?” sont les questions qu’il se posait.

Bénéficiaire d’une bourse américaine, Kalala va courageusement décider d’aller faire ses recherches dans le milieu naturel des Bambole, à Opala pendant 2 ans, 1974-1976. Dans ses observations participantes, il abouti à la conclusion que voici : ” les Mbole, dans leur comportement, n’étaient que voleurs. Par contre, il y avait une marginalisation générale de tous les Bambole, considérés comme inférieurs ou comme voleurs.”

Soutenir une thèse était une ambition, mais pour y arriver, c’était un chemin de croix. Il a fait face à la xénophobie. À l’époque, aucune institution n’organisait le troisième cycle ici au pays. Par conséquent, le chef des travaux Kalala N’kudi, pour défendre sa thèse, devait d’abord écrire 2 mémoires dont l’un sur la pédagogie universitaire. ”vous comprenez qu’il y a de quoi devenir malade mental quand on m’oblige de rédiger deux mémoires.” Mais à l’espace de 18 mois, à la grande surprise de tous, il s’en sortira. Avec ça, il a eu l’autorisation de défendre sa thèse dont l’intitulé est : identité et société, les fondements d’une marginalité : les cas de Mbole.

Kalala N’kudi est la première thèse doctorale, à valeur d’une thèse d’Etat, dans la grande orientale. Avant lui, l’Université de Kisangani n’avait que des thèses de troisième cycle délivrées en France. Alors que l’amphithéâtre de l’UNIKIS devait accueillir cette soutenance, c’est dans la grande salle du collège Maele que tout se passera, finalement. La première soutenance publique d’une thèse dans la Grande Orientale, c’est Kalala N’kudi.

Des effets sur la société, après sa défense suivie d’une conférence de grand succès, sont visibles jusqu’à présent. S’il n’existait aucun intellectuel Mbole à l’époque, aujourd’hui, nous connaissons de grands noms Mbole dans la science. On peut en citer quelques-uns : Le Proffesseur Labama, le Proffesseur Bongeli…

Des exploits inédits et jamais vécus jusqu’à nos jours.

Après sa thèse, Kalala N’kudi est devenu un pilier incontournable lors des autres soutenances des thèses doctorales. Il se rappelle avoir été parmi les examinateurs de la thèse du Professeur Bolinda. Nommé Doyen de la Faculté de Psychologie, Kalala N’Kudi a marqué les esprits rien qu’en un an et demi. Son premier objectif était d’amener les gens à quitter les D.E.S. jusqu’à défendre leurs thèses. Chose qu’il va réussir avec brio, car, se rappelle-t-il, il y a eu 12 défenses de thèse quand il était Doyen. Des bourses ont commencé à pleuvoir, il a cité nommément le Professeur Tshimpanga, le Professeur Bosokondo… qui sont partis poursuivre les études ailleurs.

Cela m’a causé d’ennuis. Je ne collaborais pas avec le Batam dans la gestion des bourses. Les autres voulaient que leurs enfants partent. Je n’ai pas cette mentalité tribale de choisir des frères.”

Un diplôme de héro scientifique lui a été délivré par les jeunes de la province de la Grande Orientale pour avoir travaillé avec grande honnêteté et pour la promotion de la science dans leur province. Une reconnaissance largement mérité, puisqu’il est aussi co-fondateur du Centre des Recherches Interdisciplinaire, CRIDE en sigle.

Sur le plan social, cet enseignant est admirable, à en croire ses propres œuvres. Il a créé plusieurs organisations qui sont venues en aide aux victimes de violence sexuelle. Il a lutté contre l’enrôlement des enfants dans l’armée, à l’époque du Gouverneur BILUSA. Il a sensiblement contribué à la disparition du phénomène ”enfant sorcier”. De surcroît, Il a été aussi philanthrope.

Kalala réclame ses droits.

Depuis que je suis Professeur émérite, je n’ai bénéficié d’aucun avantage.” l’entendre ainsi dire m’a tellement choqué. ” Mon travail est fort bien reconnu sur papier mais en acte, il n’y a rien.” C’est un Professeur Émérite, depuis 9 ans aujourd’hui, qui attend encore ce qui lui est dû. Ces mots, après avoir entendu son histoire, ne devraient pas sortir de sa bouche. Mais hélas !

Quand on est Professeur Émérite en RDC, on a droit à un domicile de l’Université, une voiture pour le déplacement, le salaire régulier d’un professeur ordinaire avec 30 heures de service. Ce qui est aussi écœurant, ce nonagénaire preste plus de 60 heures. Selon lui, c’est pour être utile à la jeunesse.

A la fin de notre conversation, le Professeur Émérite Kalala N’kudi Pierre m’a demandé d’intervenir à ma façon pour que sa thèse doctorale soit polycopiée en format livre. Ne pouvant y arriver par lui-même, j’appelle les autorités à honorer cet homme rien qu’en répondant favorablement à cette demande. Surtout que d’autres de ses oeuvres n’ont pas été bien conservées ; par conséquent, les avoir paraît un travail difficile à faire.

Gaston Mukendi

NB : cet article est une republication.

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